C'était il y a six ans, pendant l'été 1994. La France s'était réveillée avec l'annonce d'une épidémie causée par un virus aussi dangereux que le sida, transmis par le sang, les rapports sexuels et la salive. Heureusement, il existait un vaccin sûr et efficace. Le sémillant secrétaire d'État à la Santé, Philippe Douste-Blazy, lança une croisade contre cet ennemi mortel : le virus de l'hépatite B.
Vingt-cinq millions d'hommes, de femmes, d'enfants, de personnes âgées, se sont fait vacciner contre ce « sida qui s'attrape par la salive ». Deux ans plus tard, une rumeur se répandit dans les médias : des personnes affirmaient avoir été rendues malades par le vaccin. Elles souffraient de pathologies aux noms barbares : scléroses en plaques, maladies auto-immunes, lupus, etc. Les successeurs de Douste-Blazy au ministère de la Santé eurent de plus en plus de mal à gérer la polémique et les ventes du vaccin chutèrent de, façon vertigineuse.
Une association de victimes s'est créée, le Revahb, et a recensé en deux ans plus de 1 800 témoignages et dossiers médicaux d' « accidentés du vaccin » qui vivent un véritable calvaire et que l'on a souvent pris pour des fous. Pour les laboratoires fabriquant le vaccin et une partie du corps médical, ils ne seraient victimes que de coincidences.
En l'an 2000, l'État a stoppé la vaccination dans les écoles, mis un frein à la massive campagne de publicité et a indemnisé une vingtaine de personnes en reconnaissant un lien de causalité entre leur maladie et le vaccin. La justice s'en mêle : cent cinquante procédures ont été déposées au civil, dont trois ont été gagnées en première instance, et cinq au pénal. Le doute a gagné d'autres pays occidentaux, en particulier les Etats-Unis.
Ce livre est le fruit de quatre années d'enquête. À chacun ses marottes. Les dangers potentiels des médicaments et, davantage encore, d'un vaccin, sont un sujet tabou. Des victimes d'effets secondaires ? Cela n'existe pas. « Vous avez affolé vingt-cinq millions de Français vaccinés. Vous aurez des morts sur la conscience. Pensez-y quand vous publierez votre prochain scoop. » Cette accusation lancée par un mandarin n'a cessé de m'obséder pendant ces quatre années et m'a valu quelques nuits blanches.
Le seul monde que les laboratoires pharmaceutiques veulent connaître est celui où les médicaments et les vaccins sauvent les gens et sont sans danger, où de grands professeurs de médecine, de gentils journalistes eux-mêmes médecins, des lobbyistes pourvoyeurs de voyages somptueux et des fonctionnaires de la santé publique lymphatiques, qui ne comprennent pas pourquoi de méchants esprits
voient le mal partout, gambadent joyeusement. Un monde où, bien sûr, on ne parle jamais d'argent
sauver des vies n'a pas de prix. Relater des abus, s'interroger sur des chiffres d'affaires colossaux, décrire le calvaire des victimes, c'est se ranger dans le camp de l'obscurantisme.
Pourtant, depuis les affaires du sang contaminé, de l'ARC, des hormones de croissance, le public a retenu deux points essentiels : des médecins peuvent mentir et mettre en péril la vie de leurs concitoyens ; la médecine est aussi une affaire de gros sous. Les envolées lyriques sur l'air du « tout va bien, nous contrôlons la situation », ressorties à chaque affaire, ne convainquent que leurs auteurs et creusent chaque jour un fossé de méfiance avec la population. Le temps n'est pas si loin, quelques années à peine, où des centaines de médecins se sont ridiculisés en signant des pétitions de soutien en faveur du docteur Garretta et de l'indigne Crozemarie.
Un mot sur la démarche qui sous-tend ce livre. Remettre en cause une vérité officielle, c'est déjà prendre parti, suspecter des faits, que vous n'êtes pas encore en mesure d'établir. Eriger l'investigation en modèle de neutralité est donc une plaisanterie. En revanche, il importe de mener avec honnêteté son enquête, de ne pas diffuser des informations fausses ni de faire acte de militantisme en tordant les faits pour qu'ils coïncident à l'hypothèse de départ. J'espère avoir évité ces écueils.
Le vaccin contre l'hépatite B sauve des vies et reste utile mais présente peut-être des dangers. Paradoxe ? Non, l'affaire est plus complexe que celle du sang contaminé et exige des nuances. Ce livre déplaira donc à la fois aux partisans et aux adversaires du vaccin, ancrés dans des convictions inébranlables . Car si la vaccination est l'une des plus belles avancées de l'histoire de l'humanité, son dévoiement mercantile n'en demeure pas moins scandaleux. Mais la médecine est-elle un espace accessible à la démocratie ?
Note: Les vaccins Genhevac B, Engerix B, HB Vax, Heptavax B, Hevac B, cités dans cet ouvrage sont des marques déposées.
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